Mythes et légendes réunionnaises


Quelques légendes locales...

La Vierge noire :

Sur les terres sucrières de Sainte-Marie, il y avait un pauvre esclave noir appelé Mario. Un soir, il brisa ses chaînes et s'enfuit dans le lit de la rivière des pluies. Il en remonta le cours et, mourant de faim, épuisé autant par sa course que par les coups reçus les jours précédents, il s'endormit.

Il fut réveillé à l'aube par les aboiements des chiens et les cris des hommes lancés à sa poursuite. S'approchant de la falaise, il aperçut un renfoncement dans la roche, s'y engouffra et comprit qu'il était perdu : le trou était peu profond. Mario tomba à genoux et pria la vierge de le sauver des chasseurs et de cet esclavage dans lequel il ne voulait plus retourner. La Vierge l'entendit. Elle étendit la main et son souffle parvint à la grotte. Une pousse jaillit de terre, grandit, ce fut une belle liane de bougainvilliers qui prit corps et envahit tout l'espace autour de la grotte. Des fleurs s'ouvrirent dans le même temps dont le parfum si puissant fit perdre la trace du fugitif aux chiens.

C'est en souvenir de Mario et surtout en action de grâce à la Vierge qu'une "Vierge noire" fut dressée là et est toujours aujourd'hui, un des lieux de pélerinage des plus fréquenté de l'île...

La veste :

Années trentes, nuit de cyclone, minuit. Très peu d'automobilistes alors sont sur les routes empierrées de la Réunion. Un jeune homme, venant du nord, rentre péniblement à St-Pierre, en luttant contre le vent, les rafales de pluie et le noir.

Passant à la hauteur du gouffre de l'Etang-Salé, endroit encore plus sinistre sous ces conditions, il voit une jeune fille sur le bas-côté du chemin. Il s'arrète. Elle lui demande de la conduire à St-Pierre, sans dire pourquoi elle se trouve là. Elle est transie de froid, il lui donne sa veste pour la réchauffer un peu. A St-Pierre, il la dépose chez elle, puis rentre chez lui.

Le lendemain, le temps s'est amélioré et il s'aperçoit qu'il a oublié de reprendre sa veste. Il se rend donc chez la belle et frappe au portail. Une vieille dame ouvre et, après ses explications, lui répond, les larmes aux yeux: " mais Monsieur, ma fille est morte. Elle s'est jetée dans le gouffre voici exactement un an. Elle est enterrée au cimetière de St-Pierre...". Il fonce au cimetière, court entre les tombes et, arrivé à l'endroit indiqué par la vieille dame, croit perdre la raison.

Sur la grille de fer forgé, il y a... sa veste !

Cabosse et ses abeilles :

Cabosse était un brave homme habitant aux Goyaves, non loin de St-Joseph. Cabosse élevait des arbres fruitiers et possédait de belles rûches. Tout le monde l'aimait mais il fallut bien qu'un jour, peu avant la guerre, Cabosse s'en fut rejoindre ses ancêtres. Tout St-Joseph accompagna le cercueil à l'église puis au cimetière du Butor. Alors que le corps était en terre, quelqu'un s'avisa d'une monumentale erreur: " Marmaille, nous la oublié de prévenir ses abeilles ! ".

Négligence ! Lorsqu'un éleveur d'abeilles décède, il faut aller trouver ses bêtes, leur parler, leur expliquer qu'on continuera de s'occuper d'elles. Puis on couvre les rûches de crèpe noir. C'est ainsi qu'on invite chez-nous les abeilles à la veillée mortuaire. Tout le monde se précipita donc vers les rûches de Cabosse, pour une triste constatation: les rûches étaient vides. Vexées d'avoir été tenues dans l'indifférence, les abeilles étaient parties.

Les rûches ne furent plus jamais habitées...

La roche merveilleuse :

Au fond du cirque de Cilaos, "la Roche Merveilleuse" est un lieu de promenade réputé où ne manque pas de se diriger tout touriste avide de curiosités. De ce lieu, on embrase du regard, les hautes parois du cirque, avec tout en bas, Cilaos. On se laisse prendre au charme de cette vision, à la fois sauvage et paisible.

D'où vient cette appellation de "Roche Merveilleuse" ? Personne ne peut le dire, les jeunes ne savent pas, les vieux ont oublié. Très peu connaissent aujourd'hui la légende qui s'attache à ce lieu et remonte aux temps anciens. Autrefois, la roche était lisse. L'on disait qu'une femme stérile pouvait devenir féconde si elle tournait sept fois autour en frottant son ventre nu sur la surface polie. Sans doute quelques miracles ont eu lieux ?

Sinon pourquoi aurait-on qualifié de "merveilleuse" une si banale paroi rocheuse...

Le diable au bord du chemin :

Années 50, une dame du sud, une des premières à obtenir son permis de conduire, circulait sur le radier de la rivière Saint-Etienne. Une jeune femme, vêtue de blanc, lui fit signe de s'arrêter. La dame prit en charge la jeune fille. Elle désirait aller à Montvert.

Chemin faisant, la conductrice, tout en regardant la route, demanda à sa passagère : " c'est encore loin ?". La peur l'envahissa lorsqu'une voix d'homme lui répondit : "je vais où tu veux !". Elle se retourna vers sa passagère et vit...un homme, barbe fourchue, 2 cornes sur le crâne, des pattes de boucs en guise de jambes.

Elle avait embarqué le diable au bord du chemin, il lui souriait sinistrement. La folie s'empara d'elle...

La revenante de Marla :

Dans l'Ilet de Marla (cirque de Mafate), une vieille dame était la sage du hameau. A son décès, à l'âge de 90 ans, on la pleura beaucoup. Un an plus tard exactement, vers minuit, son fils aîné entendit du bruit sur le toit de sa case. Il sortit précipitament : sa mère était là, sourire aux lèvres. Elle s'enfuit dans la montagne lorsqu'il voulut l'approcher. Il la suivit quelques temps, puis se ravisant, cria :"Tu es morte, laisses nous en paix !"

Elle disparut brutalement, on ne la revit jamais.

Gaspard, l'insoumis :

Début du 19ème siècle, Gaspard était esclave dans une propriété du sud. Le fier malgache brisa ses chaînes et se réfugia à Grand Galet source de la rivière Langevin. Il élut domicile sur une excroissance rocheuse où l'on ne pouvait accéder que par un étroit sentier dangereux et escarpé. Il était indélogeable.

Plusieurs expéditions de chasseurs tentèrent de le surprendre, en vain. Gaspard lançait des grappes de rochers meurtriers sur ses agresseurs. Un beau jour, un groupe de chasseurs firent bonbance au pied de sa retraite. Au matin, l'un d'eux, ivre, laissa tomber son fusil. Le coup partit tout seul, atteignant le rebelle en plein front.

Depuis ce temps, à la source de la rivière Langevin, un Ilet porte le nom d' "Ilet Gaspard".

Le petit a disparu :

A la plaine des Cafres, entre les 2 guerres, vivaient un père, une mère avec un petit garçon de 6 ans. Un beau matin, le petit disparut pendant que ses parents étaient au labeur. On fit des battues dans toute la région, rien. Aucun étranger n'avait été aperçu, il ne pouvait avoir été enlevé.

Quelques jours plus tard, deux braconniers, s'approchant d'un arbre perché au-dessus du vide, sur les hautes falaises surplombant le sîte de Roche Plate, retrouvèrent l'enfant. Il était là, dans l'arbre et leur souriait. Les braconniers, pourtant aguérris, eurent toutes les peines du monde à atteindre l'arbre. L'enfant n'avait ni faim, ni froid, ni soif et n'était pas mal en point.

Il vit toujours à la Plaine des Cafres, et ne se souvient toujours pas comment il est arrivé là...

Le "Z'indien" de Grande Anse :

Grande Anse vu de près, n'est qu'un promontoir majestueux, avec ses falaises plongeant directement sur l'océan. Losqu'on le regarde de la plage de Grand Bois, son aspect change totalement. Il mérite alors son surnom de "z'indien couché".

On aperçoit la découpe des épaules au ras des flots, le long cou penché en arrière, le profil aquilin regardant les nuages et au sommet, un bosquet de filaos, figurant la coiffe en plumes des chefs peaux-rouges. Par nuit noire, on peut apercevoir des lueurs vives se déplaçant le long de son profil.

Les gens du cru, affirment qu'il s'agit des âmes des pêcheurs morts en mer, en attente du paradis.

Zanaka Andriana (le petit prince) :

Début du 20ème siècle, sur la côte sud-est de Madagascar, un jeune couple réunionnais s'était installé. La révolte entre les malgaches et les étrangers éclata. Les insurgés envahirent la maison du jeune couple afin de tuer les deux époux. L'homme mourut sur le coup, sa femme fut sérieusement blessée.

Après le départ des conjurés, la bonne du couple revint sur les lieux du massacre. Elle trouva sa maîtresse, qui devait accoucher quelques jours plus tard. Sur les instances de la mourante, elle prit un couteau et inprovisa une césarienne. L'enfant naquit, sa mère rendit l'âme. La bonne prit l'enfant, le nourrit de son propre lait et partit loin dans le nord, où elle savait retrouver des français. Elle le dissimula en le teignant en brun fonçé au moyen de plantes dont elle avait le secret. A Tananarive, elle rendit l'enfant à la communauté réunionnaise. Celui qu'elle avait surnommé Zanaka Andriana (petit prince) fut reconduit à la Réunion et rendu à la famille de ses parents.

Il vivait toujours en 1999, l'histoire a tout de l'aspect merveilleux d'une légende et pourtant...


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La main du diable :

Les faits authentiques, se sont déroulés à Saint-Joseph, dans les années 20. Dans le village, un peu à l'écart du centre, un groupe de gens pratiquait la magie noire. Un soir de nouvelle lune, ils se dirigèrent au cimetière du Butor afin d'y effectuer un de leur rite. A minuit précise, ils devaient planter un gros clou dans la grande croix en bois au milieu du cimetière. Le meneur intima aux autres de l'attendre à l'entrée et s'engagea entre les tombes.

Arrivé au pied de la croix, il sortit le clou de sa poche et le planta hativement. Losqu'il voulut s'en aller, il ne put faire le moindre pas. Il se sentait retenu, comme tiré en arrière...Son coeur s'affola, il voulut crier mais aucun son ne sortit de sa gorge. Il se dit en un éclair que la main du diable le retenait prisonnier. Il rendit l'âme, terrassé par une crise cardiaque.

Lorsqu'on le retrouva le lendemain, on constata que son manteau était cloué avec la croix...

Grand-mèr Kal :

C'est la fée carabosse tropicale. Elle arriva avec ses parents, esclave, capturée au Mozambique. Vendue à un gros propriétaire du Sud, elle fut mariée à l'esclave Zélindor, qui après s'être enfui fut pendu. Assassinée par des noirs fugitifs, son corps fut brulé et jeté dans " Le trou aux esclaves ".

Depuis, elle erre la nuit transformée en oiseau de malheur. Elle ricane dans le noir à la mort de quelqu'un, elle hulule lugubrement s'il va trépasser.

Création imaginaire des gramounes, expression de nos craintes enfantines, incarnation du mal aux douze coups de minuit, sorcière venue de la nuit des temps, grand-mèr Kal terrifie encore petits et grands enfants. En dehors de minuit, la mamie de Tikala est décrite comme une merveilleuse sorcière qui abreuve les enfants d'histoires étranges et de potions magiques. Aux plus sages, Kalla offrira des délicieux bonbons.

Un jeu réunionnais s'en d'ailleurs inspiré : Un enfant joue le rôle de Grand Mère Kal, on lui bande les yeux et les enfants lui demande "Grand Mère Kal, kèl heur i lé ?". Puis grand Mère Kal répond l'heure qu'elle veut. Tant qu'il n'est pas trop tard sava, mais si elle répond minuit, alors elle cours sur un des enfants et celui qu'elle attrape devient Gand Mère Kal.

La Malgachine :

Tout le monde haïssait le gardien, à cause de ce qu'il avait fait à la Malgachine. C'était l'aînée de ses sept enfants. On disait qu'il l'avait nourrie de coups "si tant de fois" qu'elle s'était enfuie au fond des bois. De peur que son père, la retrouvant, ne la maltraite de plus belle, l'étranger qui la croisait se taisait.

Mois après mois, le silence l'avait habillée de légendes. Par nuit de lune, on la voyait danser dans la clairière, chevauchant un bouc. Si de la nourriture ou du linge disparaissait, c'est qu'elle était venue. Si le nouveau né pleurnichait sur le sein, la mère grondait que la Malgachine avait suçé son lait avec les yeux. Si l'oeil de l'aïeul s'allumait à la tombée de la nuit, c'est que, la robe relevée, elle lui avait montré son oursine. Il était temps de blanchir les draps, de commander le cercueil, d'acheter du rhum, des cigarettes et des jeux de cartes, pour la veillée mortuaire.

Une fois qu'elle avait annoncé la fin du voyage, la sauvageonne s'en allait vers les marais recouverts de brume, très loin, comme si elle voulait mourir de chagrin...

Bébête Malbar à midi :

Pendant de très nombreuses années, l'heure de midi fut présentée comme un épouvantail aux enfants naïfs. Par exemple, il ne fallait pas grimper à un arbre à midi car les diables et autres démons, avaient choisi cette heure pour y établir leurs quartiers d'aisance.

Comme chacun sait, ils se font un malin plaisir de faire chuter l'importun qui ose les déranger à cet instant.

De même, il ne fallait pas regarder quelqu'un dans un miroir à midi : danger d'y apercevoir quelque diablotin en goguette, c'est évident....

Le trésor de La Buse :

A la fin du 18ème siècle, tous les pirates bénéficièrent d'une amnistie royale. Olivier Levasseur, dit La Buse, préféra se réfugier à Madagascar. Trahi par un forban converti, capturé par traitrise, il fut ramené à Bourbon, jugé et pendu à Saint-Paul.

Le jour de sa pendaison, il lança à la foule un cryptogramme, accompagné de ces commentaires : " Mon trésor à celui qui saura le trouver !". Personne depuis n'a pu décripter ce message.

La tombe de La Buse ne renferme pas les ossements du vieux forban, son corps resta exposé aux quatre vents de nombreux jours durant et ses os furent dispersés...

Ti-Jean et Grand-Diable :

Petit Créole futé, Ti-Jean passe son temps à faire des blagues à son entourage. Lorsque le Grand-Diable vient tourmenter les habitants, c'est à Ti-Jean que l'on demande un coup de main. Si le diable est malin, il se fait régulièrement piéger par Ti-Jean. La dernière fois, il a fait croire au diable qu'il y avait de l'or dans la fente d'un tronc d'arbre. Maintenue écartée par une forte cale de bois, la fente avait été fabriquée par lui. L'imbécile de Grand-Diable y mit les mains tandis que Ti-Jean retirait la cale.

C'est ainsi que Ti-Jean expédia le Grand-Diable en bas de la falaise à vigoureux coups de pieds aux fesses.

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