Les cyclones qui ont marqué la Réunion



Trois siècles de drames...

  13 février 1686 :Le navire L’oiseau qui ramenait en France l’ambassadeur que Louis XIV avait dépêché au Siam échoue au large de l’île Bourbon lors du passage d’un météore. Trois ans plus tard, le 15 décembre 1689, le Saint Jean-Baptiste, commandé par le capitaine Dubois, est jeté sur la côte de Sainte-Marie.

  23 décembre 1723 : lors d’un cyclone, le Bourbon à bord duquel Mahé de Labourdonnais servait comme lieutenant, ainsi qu’un autre navire manquent de s’échouer sur les récifs de la Saline-les-Bains. Les vents ont totalement détruit les plantations de café.

  25 et 26 janvier 1734 : un terrible météore s’abat sur l’île, suivi de quatre ouragans ; s’ensuivront huit mois de sécheresse.

  28 novembre 1746 : un cyclone très violent passe lentement sur la Réunion durant trente-six heures. Il est décrit par Bernardin de Saint-Pierre dans son livre Paul et Virginie. Certaines régions de l’île et notamment les plantations sont complètement détruites.

  10 avril 1773 : lors du passage d’un météore sur l’île Maurice, deux navires, La Goélette et La Marie, ont coulé à pic à un mille de Port Louis, tandis que La Daurade eut juste le temps de s’abriter à l’intérieur du port après avoir été sérieusement endommagée.

  21 février 1806 : l’œil d’un important cyclone passe sur Bourbon. La veille, un navire, placé sous le commandement du capitaine l’Hermite, sombre face au Grand-Brûlé. Le 21 février, sur les sept vaisseaux qui tentent l’appareillage dans la rade de Saint-Denis, deux sombrent. Au cours de la même année, de grosses rafales de vent accompagnées de pluies diluviennes ont causé d’énormes dégâts aux cultures et aux voies de communication. Elles sont restées longtemps dans le souvenir de la population sous le nom de la “grande avalasse”.

  10 et 11 février 1829 : ce cyclone qui passa sur la Réunion a été considéré comme le plus puissant et le plus mortel du XIXe siècle. Baromètre 743 m/m, pendant 42 heures. Ce météore a provoqué un raz-de-marée catastrophique à Saint-Paul où la Rivière des Galets avait repris son lit. Saint-Paul, notamment la plaine de Cambaie, fut noyée sous les eaux. À Saint-Denis, les ouvrages de protection du Barachois furent détruits. Dix-neuf navires, avec à leur bord 259 hommes, ont disparu tandis qu’une goélette fut projetée avec tout son équipage sur le toit des bureaux du Port.

  15 décembre 1846 : Important raz-de-marée de Saint-Denis à Saint-Paul. Une corvette disparaît en mer avec 250 hommes. Elle sera suivie quelques heures plus tard par la frégate La Belle Poule, qui embarquait 160 marins.

  16 et 17 janvier 1858 : le centre d’un cyclone passe à 60 milles de Saint-Denis. En dix heures, le typhon va détruire complètement les ponts et magasins de la marine à Saint-Denis. À Saint-Pierre, les ouvrages du port sont engloutis.

  25 et 26 février 1860 : un impressionnant météore de 800 milles de diamètre (1 481 kilomètres) s’approche de la Réunion. Durant 24 heures, des vents violents apporteront de grosses pluies et des inondations. Trois navires quittant Saint-Denis vont se perdre sur les côtes de Madagascar, trois autres disparaissent.

  13 janvier 1863 : un cyclone est à l’origine d’un désastreux raz-de-marée. Dix navires marchands sont perdus. On note également la destruction du pont du Barachois, qui avait été reconstruit en fer en 1874.

  29 avril 1892 : un ouragan très violent, dont le centre est passé sur Saint-Denis, se dirige sur l’île Maurice, causant 1 200 morts et plus de 4 000 blessés.

  5, 6, et 7 février 1911 : un cyclone se déplace lentement sur la Réunion. Un raz-de-marée comble totalement le Barachois qui avait été creusé par le fameux cyclone du 10 février 1829.

  4 mars 1913 : un cyclone cause de gros dégâts aux récoltes, tandis que le pont de la Rivière Saint-Denis et la scierie Magloire sont emportés par les eaux diluviennes. inondations et raz-de-marée partout.

Le cyclone du siècle dernier

La “mode” qui consiste à donner un prénom féminin aux cyclones n’est instaurée qu’en 1960 dans l’Océan Indien. Aussi, le météore qui s’abat sur l’île en janvier 1948 restera dans les esprits le cyclone 48. Le phénomène prend naissance le 23 janvier au nord-est de Saint Brandon. En dépit de sa petitesse, on constate que le tourbillon est très violent. D’ailleurs, le 24 la pression barométrique descend à 705 mm de mercure et on enregistre des vents dépassant les 200 km/h dans l’archipel.

Dans un premier temps, la Réunion semble à l’abri. Le cyclone fait route très à l’Ouest. Mais dans la matinée, il infléchit sa trajectoire à 90°, s’orientant plein sud, droit sur l’île. Le bulletin météo du lundi 26 janvier annonce : cyclone tropical intense centré ce jour à 7 heures par 18°5 sud et 55° est, à 250 km environ au nord de la Réunion faisant route sud-ouest avec tendance à se recourber. Menace pour l’île. Passera au plus près dans la soirée...” Effectivement, dans la nuit du 26 au 27 janvier 1948, c’est un météore d’une force inouïe qui frappe l’île, à peine remise de la Seconde Guerre mondiale.

Le phénomène n’épargnera rien sur son passage. À 21 heures, les rafales de vent atteignent les 140 km/h. Peu après minuit, le maximum enregistré sur Saint-Denis est de 200 km/h. Mais l’île n’a pas encore connu son paroxysme. Le mât-antenne du Barachois, prévu pour résister à des rafales de 300 km/h est arraché... Le centre du système passera à moins de 50 km de l’ouest de l’île. Le lendemain, on ne compte plus les bâtiments sans toit.

Les dégâts sont estimés à près de 3 milliards de francs CFA. De toutes les régions, c’est l’ouest qui paye le plus lourd tribut. La commune de Saint-Paul compte 58 morts à elle seule. Au total, le cyclone aura fait 165 morts. De nombreuses familles ont péri, surprises par le changement rapide du temps. On compte aussi plus de 4 600 sinistrés. Les chiffres officiels pour toute l’île s’arrêteront à là pour ce cyclone du siècle dernier.

(source : Le mémorial de la Réunion)

Jenny, cyclone éclair !

En deux heures le 28 février 1962, Jenny frappe l’île. Personne n’a vu le météore venir et nul n’a pu prévenir de sa violence. Ce qui déclenchera une polémique entre le préfet et le chef du service météorologique de l’époque.

Février 1962. Cela fait quatorze ans que l’île n’a pas été confrontée à un grand cyclone. Le plus violent remonte à 1948. Mais ce 25 février 1962 la clémence du ciel est sur le point de prendre fin. Jenny vient de prendre naissance au sud de Diego Garcia. Il lui faudra trois jours pour être à proximité des côtes réunionnaises. Personne dans l’île ne le voit venir. Maurice est plus prévoyant. L’île sœur est en alerte maximale dans la nuit du 27 au 28 février.

À la Réunion, le bulletin d’alerte diffusé sur les ondes de la RTF arrive trop tard. Beaucoup de personnes sont déjà sur leur lieu de travail, et des barques de pêcheurs sont sorties en mer. Jenny fonce sur la Réunion à la vitesse de 35 km/h. Le bulletin météo fait état de “vents de secteur sud-est, puis de secteur nord qui se renforceront notamment sur les côtes est puis ouest et atteindront des vitesses de l’ordre de 80 à 100 km/h avec des rafales dépassant 120 à 140 km/h. Des passages pluvieux parfois intenses affecteront l’ensemble de l’île. La mer deviendra forte à très forte”.

En réalité, des rafles de vents de plus de 250 km/h seront estimées. Un paquebot - le Ferdinand de Lesseps - brisera ses amarres ; les wagons de chemins de fer seront bousculés comme de vulgaires jouets ; un véritable raz-de-marée frappera le littoral ; plusieurs maisons seront détruites... On comptera après le passage du cyclone près de 16 000 sinistrés, mais surtout Jenny aura fait 150 blessés, 27 morts et 10 disparus. Un bilan relativement faible compte tenu de la violence du météore mais dû à la courte durée du paroxysme.

(source : Le mémorial de la Réunion)

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Les cyclones qui ont marqué le temps

Gamède qui a causé près de 100 millions d’euros de dégâts, détruit l’un des deux ponts de la Rivière Sainte-Etienne nous renvoie à la mémoire collective des Réunionnais et aux souvenirs des catastrophes historiques qui l’ont précédé... Les témoignages sont souvent similaires : “un phénomène horrible, laissant derrière lui des paysages qui ressemblent à des champs de batailles après la bataille”. Concernant le siècle précédent, plusieurs cyclones sont restés gravés dans les mémoires. Les Réunionnais se souviendront longtemps du ravageur cyclone 48, de Hyacinthe en 80, ou encore Firinga, presque une décennie plus tard. Petit voyage dans le temps...


Janvier 1980 Hyacinthe

En janvier 1980, la Réunion s’est retrouvée durant douze jours sous l’emprise des pluies engendrées par le cyclone Hyacinthe, celui-ci ayant eu une trajectoire très chaotique restant à proximité de l’île. En effet, Hyacinthe est passée par trois fois très près du département.

Le premier passage a lieu le 18 janvier en début de journée. Hyacinthe n’est alors que faible perturbation tropicale lorsqu’elle passe à environ 60 nautiques dans le nord de l’île de la réunion. Hyacinthe évolue ensuite en cyclone tropical. Après avoir décrit une boucle dans les parages de l’île Sainte Marie, Hyacinthe revient vers la Réunion et passe à environ 65 nautiques dans le sud-ouest de la Pointe de Galets dans la nuit du 24 au 25 janvier avant de s’éloigner à nouveau vers l’ouest.

Le troisième passage a lieu après une nouvelle boucle. Hyacinthe passe le 27 janvier à 40 nautiques dans le sud de l’île. Du 15 au 27 janvier, la Réunion est restée dans une masse nuageuse dense avec des précipitations continues.

Février 1987 Clotilda

Pendant six jours, Clotilda a tenu la population réunionnaise en émoi, frappant de plein fouet l’île le 13 février. Un vendredi tragique, qui ne sera pas oublié de sitôt. Quelques jours plus tôt, le 10 février, une dépression tropicale modérée qui se forme entre la Réunion et Madagascar est baptisée Clotilda.

De mémoire de prévisionniste, c’est la première perturbation qui ait évolué en stagnant plusieurs heures sur la Réunion. Les vents ont été forts, avec des rafales qui ont pu atteindre ou même dépasser les 200 kilomètres par heure dans le nord et le nord-est. Les pluies ont été diluviennes. En trois jours, les 11, 12 et 13 février, les hauteurs d’eau cumulées atteignent des valeurs impressionnantes et dépassent le plus souvent les records enregistrés lors du passage de Hyacinthe (1 855 mm à la Plaine des Palmistes contre 1 716 mm précédemment).

Le bilan humain est lourd : sept morts et deux disparus. Environ 250 cases ont été endommagées et près de 120 entièrement détruites. Au total, près de 150 000 personnes ont été privées d’eau, et 40 000 d’électricité. Des dizaines de millions de francs auront été nécessaires pour la remise en état du réseau routier, en particulier la route du littoral et les radiers de Gillot.

Janvier 1989 Firinga

Dans son édition du 31 janvier, le Journal de l’île titrait : “Une vision d’apocalypse dans le sud”. En malgache, “Firinga” signifie “la décharge”. De fait, le cyclone qui frappa la Réunion dans la nuit du dimanche 29 au lundi 30 janvier 1989 transforma le sud de l’île en un vaste torrent de boue, rappelant à la population la terreur et le danger que peuvent représenter de tels phénomènes climatiques.

Depuis Hyacinthe en 1980, la Réunion n’avait pas été la proie d’un tel “ monstre ”. Problème : les règles élémentaires concernant les constructions avaient été quelque peu oubliées, beaucoup d’habitations n’ont pas tenu le coup parce qu’elles n’étaient pas aux normes. Les dégâts causés par le ruissellement furent très importants. À la Plaine des Cafres, par exemple, il tomba 700 mm d’eau en moins de 24 heures. Quatre personnes trouvèrent la mort ce soir-là, dont trois, emportées par les eaux.

L’œil du cyclone balaya l’île d’est en ouest, ravageant tout sur son passage, en suivant une direction est, sud, sud-ouest. Le vent atteignit des vitesses de pointe de 225 km/h. 1 500 habitations furent détruites par le vent ou les flots. Le 31 janvier, 250 000 personnes étaient privées d’eau potable et d’électricité, la plupart des câbles électriques ayant été coupés durant le passage de Firinga. Quatre jours après, 5 000 personnes logeaient encore dans des centres d’hébergements. À l’heure du bilan, le montant des dégâts fut évalué à environ un milliard de francs.

Janvier 1993 Colina

Confrontée depuis plusieurs années à une sécheresse chronique, la Réunion en était venue à attendre au moins le passage d’une dépression pour arroser les terres et regonfler les nappes phréatiques. Colina, faible dépression qui naît le 14 janvier 1993 dans la région des Chagos, représente cet espoir. Malheureusement, les phénomènes météorologiques échappent à la volonté des hommes. Colina se renforce, passant les stades de dépression tropicale à cyclone et se dirige inexorablement vers la Réunion.

Colina a bien apporté l’eau tant espérée, mais lorsque ce cyclone tropical passa sur l’île, le 19 janvier, il a également déchaîné les vents, provoquant quelques dégâts, non comparables, néanmoins, aux ravages provoquées par Firinga quelques années plus tôt. C’est principalement dans l’Est qu’on a constaté le plus de rupture de canalisation d’eau. Très peu de maisons ont été complètement détruites. Les rafales de vents ont tout de même avoisiné les 200 km/h sur les hauteurs.

Au total, 85 000 foyers se sont retrouvés sans électricité au plus fort du passage du cyclone et 2 433 personnes auront été accueillies dans les centres d’hébergement communaux.

Février 1994 Hollanda

Douze ans après, on parle toujours du cyclone Hollanda, qui a détruit l’église Saint-Martin, à Grand-Ilet. Le sujet demeure incontournable. Hollanda naît au sud des îles Chagos le 6 février. Dans les jours qui suivent, la dépression tropicale se renforce, passant les stades de forte tempête tropicale à cyclone au cours de la nuit du 8 au 9 et se dirige droit sur Maurice.

Le cyclone touche la côte nord de l’île sœur et longe l’ouest de Maurice qui subit de sérieux dégâts. Continuant sa course sans faiblir, le centre du météore, qualifié de cyclone “ de vent ” passe au plus près de la côte sud-est de la Réunion le 11 février, à environ 20 km à l’est de Saint Philippe.

Heureusement, l’île demeure en dehors de l’anneau des vents les plus forts. Les bourrasques près du centre ont été estimées à 150 km/h avec des rafales pouvant dépasser les 230 km/h par endroits. Les quantités de pluies relevées ne présentaient pas un caractère exceptionnel. Les dégâts ont été peu importants sur les constructions et le réseau routier, en revanche, comme à chaque fois, câbles électriques, téléphones et réseaux d’adduction d’eau ont particulièrement soufferts.


Janvier 2002 Dina

Dina, à la fois un cyclone “de vent” et “de pluie”, est le dernier cyclone à être passé à proximité de la Réunion, le centre du phénomène est passé à 65 km au large de la côte nord, le 22 janvier 2002, vers 18 heures L’île a échappé de peu aux conditions paroxysmiques. Néanmoins les conséquences ont été très importantes. Les vents ont fréquemment dépassé les 180 km/h sur le littoral. Dans les hauts, ils ont atteint localement les 250 km/h en rafales.

Sans avoir atteint des pics d’intensité extrêmes, les pluies se sont maintenues durant plus de 24 heures à un niveau assez soutenu. Il est ainsi tombé de 300 à 600 mm sur le littoral, tandis que les hauts ont atteint les 900 à plus de 1 500 mm.

Dina a été un cyclone majeur dans l’histoire de la Réunion même si le pire a été évité, l’île ayant échappé à un impact direct de la partie centrale du météore, évitant ainsi les vents les plus violents. Les indemnisations et le coût des réparations furent cependant élevés : 14 millions d’euros pour la réparation des divers bâtiments publics du patrimoine des collectivités locales et pas moins de 43 millions pour la remise en état du réseau routier. On n’ose pas imaginer les conséquences si l’île s’était trouvée sur la trajectoire directe du centre du phénomène...

Sources textes : Jacky Ferrere et Thomas Lauret - photos : Journal de l’Ile et Serge Gélabert

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