Eruptions du Piton de la Fournaise : du 18ème au 20ème siècle


Le Grand Brûlé :

Ou Pays Brûlé, désigne la zone d'activité du Piton de la Fournaise. Ses limites sont d'une part au Sud, le rempart du Tremblet à Saint-Philippe et d'autre part au Nord, le rempart de Bois-Blanc à Sainte-Rose.

Vers la fin du XVIIIè siècle, quelques colons s'aventurent dans cette région peu convoitée. En 1708, le Père La Roque écrit : " Vers l'orient, il y a un furieux volcan, montagne qui vomit du feu et fait des ravages perpétuels et les environs sont brûlés et couverts de pierres fondues par ces feux, cassantes et tranchantes comme les pierres à fusil. Ce pays est désert, sulfureux et ne vaut rien du tout, on le nomme le Pays Brûlé."

Les coulées volcaniques :

Les premières coulées dont on a trouvé traces datent de 1644. Il a été possible de retracer (avec plus ou moins d'exacitude) la chronologie de ces éruptions. Ce sont des passionnés du volcan , quelques savants, et observateurs qui nous ont transmis ces notes, il faudra attendre 1875 pour voir arriver les premiers géologues...

On note 4 coulées importantes en dehors de l'enclos au XVIIIè siècle, au Sud: le Brûlé du Tremblet (1774), l'éruption de la Table (1776), le Brûlé des Citrons Galets (1800), au Nord: le Brûlé de Sainte-Rose (1708).

Dans l'enclos, on comptera une dizaine de coulées dont la principale a lieu en 1733. Une grande coulée (1766) donne naissance au mamelon central et au Formica Léo.

Par une formidable explosion en 1791, s'ouvre un cratère appelé Dolomieu en honneur du célèbre savant minéralogiste. Il est resté avec son voisin Bory (nom donné en l'honneur de Bory de Saint-Vincent), le cratère le plus visité.

Au XIXè siècle, on compte pas moins de 39 éruptions, dont neuf iront jusqu'à l'Océan Indien. En 1812, une exceptionnelle coulée envahit le quart du Grand-Brûlé et atteint la mer en 8 heures!!! L'éruption de fils "cheveux de Pelée" et de cendres la suit derrière (Pelée est une déesse Hawaïenne à qui la légende prête de pouvoirs surnaturels).



Au XXème siècle

Jusqu'en 1961, la liste des éruptions est longue, on en compte pas moins de 41, dont 3 arrivent dans l'Océan Indien (1931, 1943, 1961). Voici les propos tenus par Alfred Picard, célèbre guide dont le nom a été attribué à l'un des cratères:

" Moi l'a fait 44 ans dans l'volcan. A 12, 13 ans, l'a suive mon Papa qu'lété guide. Moi l'a suive à lu comme un ti pilote; chaque fois lavé un cratère en éruption, si lu emmène pas moin, mi plère. Après, moi la travaille commme porteur avec le vieux Jasmin, moi l'a grandi sous li.

Quand le vieux Jasmin lé mort, moi la travaille avec un professeur: M'sieur Jean Morice, un professeur sciences même, avec le capitaine Benoît et m'sieur Ducrot. Moi, l'a toujours travaillé la d'dans. Sur 50 cratères qu'la fé, nana 29, qu'moi la vu, 29 qu'moi la connaissance. Nana l'cratère Picard, près d'piton d'Crac, entre celui de 31 et celui de 61. C'est moi qu'la vu l'premier. En 1966, moi l'a fé 39 voyages.

Les plus belles coulées qu'moi l'a vu: celle de 31 la touche la mer, 48 Grande Gueule, et 61 les deux la touche la mer. En 1955 l'a été jusqu'au piton d'Crac. Quand qu'mi voi, qu'mi entend dire l'volcan y fume, si mi monte pas, moi l'a gros coeur, moi lé chagrin, a cause mi aime mon volcan."


1961-1972

Pour la première fois, un accès amélioré permet aux Réunionnais d'assister à une coulée. Le cratère en activité se situe à 1 200 m d'altitude. Ses projections peuvent s'aperçevoir de très loin durant quinze jours, on peut même discerner des lueurs de Saint-Denis et chacun se presse le soir des deux côtés de l'enclos pour profiter du spectacle. Ce fut une cohue monumentale, où nombreux dormirent sur place, surpris par la coulée, ils ne purent rejoindre leurs véhicules...

La coulée de 1961 dura 21 jours. L'ONF avait tracé un chemin remontant le long des flancs du volcan jusqu'aux laves, spectacle toujours aussi fascinant pour les observateurs, que cette masse incandescente scintillant la nuit.

Le Piton de la Fournaise eut un regain d'activité en 1972. De Juin à Octobre, 3 failles s'ouvrirent en 3 endroits différents. les cratères sont visibles des remparts de l'Enclos, et de nombreuses expéditions sont organisées. En Septembre, un cratère se forme à l'Est du Pas de Bellecombe, une piste balisée permet aux Réunionnais de tous âges de venir admirer leur volcan. En Novembre de cette même année, un quatrième cratère s'ouvre à un autre endroit, face au Nez du Tremblet alors qu'Haroun Tazieff étudie le Piton de la Fournaise. Fin Novembre, une dernière éruption non loin du cratère Tazieff clôture cette année.

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1973-1977

En 1973, le volcan se réveille à l'intérieur du cratère Dolomieu. Plusieurs cônes se forment, une coulée atteint la mer en 1976.

1977, cette éruption marquera la Réunion, le 8 Avril, une faille volcanique s'est ouverte hors enclos. La lave très fluide traverse la forêt, empruntant les lits des ravines Constantin et de Bois-Blanc, elle se dirige vers le village. En hâte, les habitants quittent leurs maisons, la coulée s'arrête nette devant leurs portes...

Le lendemain, à 6 kms de la côte, une seconde faille s'ouvre au dessus de Sainte-Rose où 2 500 personnes habitent et sont évacuées. La lave progresse toujours, elle emprunte la ravine Lacroix qui traverse l'agglomération, brûle les champs de canne, engloutit une douzaine de maisons et se jette dans la mer dans une extraordinaire explosion de vapeur...

Les 11 et 12 Avril, deux autres coulées apparaisent sans conséquences, le 13, une nouvelle coulée très fluide (80 km/h) se dirige vers Piton Sainte-Rose, traverse le village, cerne la gendarmerie, et miraculeusement...s'arrête devant l'entrée de l'église!!!

Aucun incident ne sera à déplorer, plusieurs maisons ont été réouvertes... Depuis, le village est visité pour son fleuve de laves, figé à jamais devant son église. Rebaptisée Notre-Dame des Laves depuis, le recueillement y est privilégié...

C'est a cette époque qu'une station volcanologique est installée afin de prévoir et annoncer les éruptions.

1980-1998

En 1983, quelques cratères se forment sur la ligne Sud-Est de l'enclos, une coulée va à la mer en 1984, l'année suivante une activité importante débute le 14 Juin, 5 éruptions se succèdent, la dernière pour le réveillon de la Saint-Sylvestre.

En 1986, une éruption exceptionnelle se produit à Saint-Philippe, du 18 au 26 Mars. Deux cents ans après, le Piton de la Fournaise reprend le même chemin qu'en 1776 et en 1800. Pour la 6ème fois de son histoire, le volcan coule hors enclos. Le 20 Mars, la lave traverse la route amis s'arrête à 600m de la mer. Une seconde coulée atteint l'Océan Indien à 1 heure du matin, emportant 8 maisons sur son passage.

Le 23 au matin, les séismes se concentrent au sommet, puis 6 failles apparaissent à 7 kms de Saint-Philippe dans le prolongement de la première faille, en fin de journée, la lave coule entre la Nationale et la mer... c'est la première fois de mémoire, qu'une éruption se manifeste aussi bas! Le Mercredi, les fissures de la route se sont élargies durant la nuit, le phénomène s'amplifie et 3 bouches incandescentes se déversent dans la mer dans un nuage de vapeur, modifiant le profil de la côte du même coup. l'île s'est agrandie de 30 hectares, le volcan se calme enfin.

En Avril 1990, une coulée a lieu, des "cheveux de Pelée" sont observés au-dessus de Saint-Joseph et Petite-Ile. En 1992, le Piton de la Fournaise s'endort pour un long sommeil, après plusieurs semaines d'éruptions...

Il faudra attendre 1998 pour percevoir le réveil de ce monstre. le 8 Mars, quatre fissures s'ouvrent, les Réunionnais se précipitent, provoquant d'innombrables embouteillages. Le 11 Mars, 3 cratères se sont édifiés, le premier est baptisé Kapor (costaud, grand) en souvenir d'un esclave marron familier des lieux, le second Maurice et Katia Krafft en hommage aux volcanologues disparus en 1991 au Japon, le troisième Fred Hudson en hommage à un gendarme disparu en service sur le volcan. Elle durera 196 jours...

1999

Faisant suite à l’éruption du siècle de 1998, qui a duré plus de six mois entre mars et septembre, les éruptions se succèdent depuis tous les deux à six mois.

  19 juillet 1999 : dix mois après “l’éruption du siècle”. Brèves fontaines de lave au fond du cratère Dolomieu sur une fissure qui se prolonge sur son flanc est-sud-est. L’éruption s’achève au bout de treize jours, le 31 juillet.

  28 septembre 1999 (cratère Dupavillon) : deux mois plus tard, des fontaines de lave jaillissent brièvement du fond du Dolomieu. Le 8 octobre, un nouveau point de sortie apparaît dans le sud de l’enclos. L’activité près du sommet cesse au bout de vingt-six jours, le 23 octobre.

Crédit images : Imaz Press Réunion - Séverine Gaussail

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