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Chronologie de l'année Enfin l'éruption !
La réunion tenue en urgence à la sous-préfecture de Saint-Benoît tard hier soir traduisait bien une certaine préoccupation.
Confronté à une interminable crise sismique qui durait depuis plusieurs heures déjà, le sous-préfet Guy Mascrès tenait à s’assurer que tous les services — gendarmerie,
DDE, mairie de Sainte-Rose notamment — étaient bien prêts à faire face au risque d’une éruption survenant dans les hauts de la commune.
Autrement dit à une éruption hors enclos, comme il s’en est déjà produit en 1977 à Piton Sainte-Rose, un événement comme il ne s’en produit pas plus d’une à deux fois par siècle.Au dixième jour de cette nouvelle phase de pré-alerte au piton de la Fournaise, la crise qui a commencé à 16 h 37 n’a en effet débouché qu’à 23 h sur l’éruption attendue maintenant depuis plusieurs mois. En deux heures, l’observatoire volcanologique enregistre 300 séismes, dont certains sont ressentis par la station de Cilaos, et des déformations concentrées sous le sommet du volcan. Au fil des minutes, ces séismes et ces déformations commencent à migrer vers le nord — nord-est, en direction du Nez coupé de Sainte-Rose, signe tangible d’une progression du magma dans cette zone très fracturée. Pour les scientifiques, cette situation inhabituelle présente tous les risques d’une éruption hors enclos. Pourtant, à 23 h, la lave jaillit… dans l’enclos. Quatre fontaines de lave sont visibles à la limite de la rupture de pente qui surplombe la plaine des Osmondes, vers 1850 mètres d’altitude. Elles illuminent largement le rempart du Nez coupé de Sainte-Rose, dont elles ne sont pas éloignées de plus de 400 mètres environ. De la Vierge au Parasol, les coulées n’étaient pas visibles hier soir, en raison du plafond huageux assez bas. A 1 h du matin, autorités et scientifiques demeuraient dans l’expectative, guettant tout signe d’évolution de l’activité puisqu’une certaine sismicité persistait. - Fin août : moins de deux mois après la fin de l’éruption du piton Madoré, dont les coulées ont atteint la route nationale 2 les 6 et 7 juillet, premiers frémissements du piton de la Fournaise. - Septembre : une activité sismique discrète s’installe. - 1er octobre : début de dix semaines de préalerte : le seuil d’une vingtaine de séismes quotidiens étant atteint, la préfecture active la phase de préalerte. - Le 5 novembre : première crise sismique sérieuse … qui cesse brusquement après une soixantaine d’événements en cinquante minutes. Néanmoins, l’alerte n° 1 d’éruption imminente est activée et l’enclos du volcan interdit. Il rouvre le 8 novembre. Le gonflement du massif du volcan se poursuit au cours des semaines suivantes, accompagné d’une sismicité importante : entre 30 et 50 séismes quotidiens. - Le 29 novembre, nouvelle crise sismique avec 90 événements en vingt-trois minutes avant un retour au calme. Comme la première fois, la préfecture active l’alerte n° 1 d’éruption imminente et ferme l’enclos. Lorsqu’il rouvre, le 3 décembre, la sismicité n’a pas vraiment repris. La préalerte est levée le 7 décembre. - Décembre : le piton de la Fournaise marque le pas. Sismicité quasi nulle. Les inclinomètres stagnent, indiquant l’absence de gonflement du volcan. En revanche, l’extensomètre qui mesure une fissure à la station cratère Magne (nord de l’enclos) continue de progresser. - 27 décembre : une nouvelle période de préalerte débute. La veille, la sismicité a repris brusquement, avec une trentaine d’événements en 36 heures. Une crise sismique de 24 minutes, samedi dernier 29 décembre, reste sans suite. - 5 janvier 2002, 23 h : éruption.
Les volcanologues nous fourniront-ils un jour l’explication sur un point de détail, mais qui pour tous les passionnés de volcans demeure un mystère, pourquoi le piton de la Fournaise se réveille-t-il si souvent la nuit ?
Nombre de nos souvenirs de départ sur des éruptions sont rythmés par la sonnerie aigrelette du téléphone à des heures peu chrétiennes. Fidèle à ses habitudes et comme soucieux de soigner le spectacle — les éruptions sont toujours plus belles à
observer la nuit — c’est donc à 23 h samedi soir que le volcan a ouvert le feu à quelques centaines de mètres du pied du Nez Coupé de Sainte-Rose à la limite de la rupture de pente dominant la plaine des Osmondes.Départ rituel peu avant 3 h du matin, cap sur le pas de Bellecombe. En passant Saint-Suzanne, le regard se porte presque instinctivement en direction des contreforts du volcan qui se découpent en ombre chinoise. Au-dessus flotte un nuage jaune orangé signature dans le ciel de l’éruption. En dépit de l’heure matinale, quelques voitures escaladent la route partie de Bourg-Murat. Au terminus, le parking est déjà bien encombré. Le bouche à oreille a semble-t-il bien fonctionné. L’annonce du début de l’activité est tombé bien trop tard pour être relayée par télés et radios. La lueur dans le ciel a vraisemblablement drainé les premiers curieux. Faute de pouvoir descendre dans l’enclos interdit, le point de ralliement est le piton de Partage et surtout le Nez coupé de Sainte-Rose, d’où les épanchements de lave sont visibles. Pour l’heure, depuis le Pas de Bellecombe et même dans la descente vers le fond de l’enclos, barrée sans ambiguïté par un solide panneau d’interdiction, rien à l’horizon. L’éruption aurait-elle joué les filles de l’air ? Dans le ciel qui commence à prendre les couleurs de l’aube, un panache de fumée trahit cependant sa présence. Sous nos pieds, les dalles de lave qui ont vu passer les milliers de randonneurs en route pour l’éruption du siècle du Kapor, en 1998. Cette partie du parcours nous est familière mais après c’est l’incertitude. Quel terrain allons-nous trouver ? Le phénomène n’est pas d’une très grande puissance. Seules deux des quatre fissures de la veille au soir sont encore actives à l’aube de ce dimanche matin et lancent vers le ciel leurs fontaines de laves.
En amont, des fumées trahissent les bouches éruptives désormais en sommeil. Les coulées dévalent la pente abrupte et vont se perdre à nos pieds dans la plaine des Osmondes, entre les cratères Haug et Alfred Picard.
Du sommet du Nez coupé de Sainte-Rose, les spectateurs nombreux ne manquent pas une miette de la représentation offerte après des mois d’attente par le piton de la Fournaise.Mais de là où nous sommes, nous bénéficions d’une prestation de grande classe. Projection après projection, l’éruption batit un mur qui enserre un lac de lave littéralement accroché à la pente, le tout enserré dans un écrin constitué sur la gauche par le rempart prolongeant le Nez coupé de Sainte-Rose et sur la droite par le piton de Crac. Dans le lointain, le Grand Brûlé vient mourir sur la plaque d’argent de l’océan. Le spectacle se renouvelle de minute en minute bâtissant à chaque fois un nouveau tableau dans une symphonie rouge orangée. On ne se lasse pas, mais le chemin du retour est pavé tout de même de quelques difficultés. En route donc. Le spectacle se joue désormais à huis clos en espérant que le piton de la Fournaise sera rendu le plus rapidement possible à ses admirateurs. L’éruption qui a débuté samedi, à 23 h, au pied du Nez coupé de Sainte-Rose ne permet pas pour autant d’écarter l’éventualité d’une phase suivant, hors enclos. Le sous-préfet Guy Mascrès, le soir-même, en parlait donc comme d’un “répit”.
L’hypothèse envisagée par les scientifiques d’une sortie de lave dans les hauts de la commune de Sainte-Rose s’appuie, entre autres, sur la connaissance des éruptions passées du piton de la Fournaise, celle de 1977
en l’occurrence, même si l’observatoire de l’Institut de physique du globe n’existait pas à cette époque.De ce fait, il est impossible de comparer les crises sismiques qui les ont précédées, mais celle de samedi, d’une durée inhabituelle de plus de six heures, indique bien que le magma a migré loin de la zone centrale du volcan, avec un point de sortie correspondant d’ailleurs exactement à celui de l’éruption de la première phase de l’éruption de 1977, relève la sismologue Valérie Ferrazzini. Au lendemain de l’éruption, le trémor a déjà bien baissé, commentait hier soir Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire. Mais le réseau de surveillance continue d’enregistrer une certaine sismicité, qu’il faut relativiser toutefois, ajoutait-il : certains événements peuvent être attribués à des sautes de niveau du trémor qui accompagne la sortie du magma. Quelques séismes de magnitude de l’ordre de 1,5 ont tout de même été enregistrés hier. Cette activité liée à l’hypothèse d’une autre phase éruptive hors enclos est à l’origine des interdictions tous azimuts lancées hier par la préfecture. Il ne fait pas de doute que la zone du Nez coupé de Sainte-Rose, mise à rude contribution depuis toujours par la fracturation qui affecte le rift (axe de faiblesse) nord du volcan, mérite d’être placée sous haute surveillance. La migration du magma hors enclos lors de l’éruption de 1998 avait ainsi provoqué éboulements et fissures de plusieurs dizaines de centimètres de large dans la partie du sentier située sous le Nez coupé, en allant vers Bois-Blanc. Depuis, l’ONF a dû tracer une portion de chemin entièrement nouvelle et plus éloignée du rempart. De là à interdire purement et simplement l’accès au piton de Partage, situé à 2,5 kilomètres de la zone incriminée … l’annonce de cette décision a été accueillie hier avec consternation par des intervenants en sciences de la Terre : en l’absence de danger sur ce site, ils cherchent quels autres motifs liés à la sécurité publique auraient pu dicter cette mesure. Dans la matinée, la préfecture a décidé de fermer le sentier, et de priver Réunionnais et touristes de leur seul point de vue sur l’éruption. “Nous ne savons pas encore comment peut évoluer le phénomène, expliquait hier en fin d’après midi le sous préfet Guy Mascrès. L’observatoire volcanologique enregistre toujours des séismes et nous pouvons craindre des éboulements sur le Nez coupé de Sainte-Rose, voire une éruption hors enclos. À 13 h, les gendarmes en faction au Pas de Bellecombre ont barré l’accès au sentier. À 16 h, leurs collègues du PGHM ont été déposés par hélicoptère au Nez coupé de Sainte Rose et ont ramené avec eux tous les randonneurs encore en chemin. Hier soir, le sous-préfet a réuni autour de lui tous les acteurs de la sécurité publique pour vérifier le dispositif de secours en cas d’éruption hors enclos. La question de la réouverture éventuelle du sentier du Nez coupé n’a pas été évoquée. Des incertitudes demeureraient. L’enclos va également rester fermer aujourd’hui. Il n’a pas encore été envisagé de tracer un sentier vers le site de la nouvelle éruption, ni de rouvrir de sentier du tour des cratères, qui ne présente semble-t-il guère de risques. Le parapluie a été ouvert en grand. On peut attendre les réactions frustrées des professionnels de la montagne et des Réunionnais. Le sous-préfet ne leur concède qu’un point : dès que les scientifiques pourront écarter tout danger, affirme-t-il, les interdictions seront levées dans les meilleurs délais. Circulez, il n’y a plus rien à voir. La phase spectaculaire de l’éruption commencée samedi de la semaine dernière semblait s’être achevée. Seuls les scientifiques continuaient à suivre les mouvements d’humeur du piton de la Fournaise, accoutumés qu’ils sont à ses facéties. Au pied du pas de Bellecombe, pas facile de retrouver le balisage mis en place par l’ONF en direction du site de l’éruption, à la limite de la rupture de pente, au-dessus de la plaine des Osmondes. Les marques blanches ont été passées à la peinture brune sur un kilomètre peut-être, matérialisant le fait que le sentier, avant même d’être ouvert au public, a été fermé. Plus loin, à une distance suffisante pour décourager les éventuels curieux, le balisage blanc réapparaît et nous croisons même en cours de route les traditionnels panneaux de mise en garde rédigés en français mais aussi en anglais et en allemand.
L’itinéraire fait une large boucle presque jusqu’au pied du rempart après le Piton de Partage afin d’éviter les coulées de gratons du Célimène (éruption de février 2000). Régulièrement, le vent apporte des nuages de gaz. Le temps reste
mi-figue, mi-raisin. Les Grandes pentes sont noyées dans le coton.Sur place, le spectacle est comme on le sait décevant. Les traces d’activité se limitent à une bouche rougeoyante au niveau du cône qui a eu le temps de se construire et à des bouffées de gaz irritantes. Plus aucune trace des coulées, ni dans la pente, ni en dessous dans la plaine des Osmondes qui joue les coquettes se voilant régulièrement derrière des rideaux de brume. Provenant du rempart de Bois-Blanc, à l’est du Nez coupé de Sainte-Rose, se succèdent de longs roulements, comme des tas de cailloux qui n’en finiraient pas de s’effondrer : le rempart n’en finit pas de dégringoler. Une semaine après avoir débuté, l’éruption ne semble, malgré les apparences, en passe de tirer définitivement sa révérence. La tente installée sur une étroite plate-forme de lave cordée, le repas avalé, il ne reste plus qu’à se glisser dans les sacs de couchage d’autant qu’une couverture nuageuse s’installe. Quatre téméraires qui ont bravé la pluie ne tardent pas à battre en retraite dans la mesure où il y a peu de chose à voir. Il est environ 23 h lorsque la tente baigne dans une lueur jaune — orangée. L’éruption aurait-elle repris sans crier gare ? Emergeant de la tente, nous sommes stupéfaits. A nos pieds, une langue de feu se déroule tout le long du rempart nord de l’enclos. La lave qui s’écoule est jaune vif, signe de chaleur et sans doute d’une très grande fluidité. D’où vient-elle ? Un tunnel de lave s’est-il ouvert ? S’agit-il d’une nouvelle fissure éruptive ? A une telle distance, difficile de faire la part des choses mais le phénomène semble prendre naissance quelque part à la base du rempart. Nous sommes pour l’instant les seuls témoins de ce prodigieux spectacle et prévenons aussitôt l’observatoire volcanologique. La coulée se love littéralement au pied du rempart dont elle dessine le moindre contour, l’éclairant par en dessous. La végétation s’embrase par moment. La lave se précipite vers la rupture de pente que l'on devine très au loin tandis que des phares de voitures à hauteur de la Vierge au Parasol, insolites à cette heure, prouvent qu’au moins les lueurs du phénomène sont visibles depuis la côte. Quatre randonneurs nous ont rejoints. Ils auront le temps de profiter de la prestation offerte par le piton de la Fournaise avant que les conditions météorologiques ne se dégradent définitivement. A l’aube, le volcan joue à huis clos. Les nuages noient la plaine des Osmondes. A l’occasion d’une furtive éclaircie, nous avons tout juste le temps de nous rendre compte que la coulée ne semble pas encore avoir atteint la rupture de pente qui la précipiterait en direction de la Vierge au parasol. La farine rythme le rangement du bivouac et elle sera notre fidèle compagnon de route sur le chemin du retour. Le deuxième acte se joue maintenant dans le Grand-Brûlé. Le site de la Vierge au parasol, traditionnellement très fréquenté le dimanche, accueille des pélerins d’un genre particulier venus communier au pied du dieu volcan.
Les rares promontoires sont pris d’assaut par des curieux avides de découvrir les coulées qui dévalent la pente dans le lointain. Les plus enthousiastes se lancent sur les traces de la coulée de 1998. L’inconscience
est souvent nichée au creux du sac à dos. Certains n’ont au pied que des savates ou des sandalettes. Des jeunes femmes font des effets de maillot alors que la moindre chute dans les gratons coupants comme des rasoirs blesserait cruellement.
Et ne parlons pas de ceux qui partent sans la moindre goutte d’eau alors qu’il faut compter, pour un marcheur moyen, pas loin d’une heure et demie sur un terrain accidenté et un peu moins pour le retour
avant d’atteindre le front des coulées. Celles-ci avancent lentement dans plusieurs directions.Celle de droite en regardant vers le sommet. Celle du milieu, la plus imposante, large de plusieurs dizaines de mètres, avance lentement. Sur plusieurs mètres de haut avance un mur de roches rougies qui roule de gros galets et des scories. La progression est d’autant plus impressionnante qu’elle est lente. La végétation touchée est asséchée en un instant avant de s’embraser, dressant vers le ciel des torchères. A 15 h hier après-midi, les coulées les plus basses avaient atteint la cote 470 m au pied du Trou de sable. Elles ont leur fan-club. Une quarantaine de personnes assistent en permanence au spectacle et il en arrive de plus en plus en fin d’après-midi. Un groupe avait prévu d’aller bivouaquer au pied du Piton de Crac. Il a décidé de passer la nuit au chevet des coulées. Venu de Paris cinq touristes ne cachent pas leur enthousiasme. Crédits images : Imaz Press Réunion - www.fournaise.info | Sources textes : www.clicanoo.re - www.fournaise.info |
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